Mon père est mort.

Mon père est mort. Je l’ai appris par téléphone de ma marraine, qui est aussi la sœur de ma mère. Ma tante, donc, a lu son avis d’obsèques dans la rubrique nécrologique locale. C’est une chance en somme, ma mère a appris qu’elle était veuve 18 mois après la mort de son mari, qui n’est pas mon père. D’ailleurs ma mère ne sait peut être pas, pour mon père. Il faut que je pense à le lui dire.

Mon père est mort. Je crois que l’enterrement était hier, mais je n’ai pas retenu cette information. Je n’ai de toute façon pas l’intention d’envoyer des condoléances à sa veuve et ses enfants.

Mon père est mort à 83 ans. Je ne le savais pas si vieux. Je l’aurais donc côtoyé un an et demi, en tout. Ça y est, le chiffre est définitif. Mon père est mort, donc, et j’ai beau le répéter, je n’ai de lui que l’absence de vide que je calcule en heure de présence.

Mon père est mort, le salaud, alors que je ne me suis jamais sentie si vivante. On n’était pas fait pour s’entendre, décidément. De tous les sentiments que cet homme là a pu m’inspirer, il ne reste donc que cette affreuse indifférence.

Qu’il repose en paix, pourrait-je donc dire, si je ne m’en foutais complètement.


Cette rage au fond de moi


Tous mes combats du dedans, du dehors mes rencontres avec moi; toutes mes fureurs de vie mes dents, mes os, mes chairs mes passions et mes angoisses; le feu qui ne consume pas les flammes qui construisent les élans vers les non-retours en arrière; toutes ces mouvances entre moi, entre toi, entre nous les ondes particule-ières du lien; ces courants pas toujours bienveillants les vagues qui m'emportent vers des au delà du tout près; ce dragon en moi sur ma peau et mon âme tatoué cette rage tout au fond de moi; l'amour enfin, ultime aller vers d'un vol sans parachute une fleur entre les dents;

cette vie-là, voyez-vous,

cette vie-là, porte la vie,

et me nourrit.


Parfaire le silence.


Et puis c'est reparti. Comme ça, d'un coup, sans qu'on s'y attende vraiment. On avait encore l'oreille tendue, par habitude. Un chuchotement, peut-être. Un murmure, le discret glas du lointain, le tremolo du tram d'en bas de la rue. On était à l'affut du moindre bruit. Du moindre signe. Au cas où. Prévoyant conducteur qui met sa ceinture comme tout le monde; comme si ne plus sentir cette bande protectrice sur le cœur, c'était déjà mourir. On vivait ainsi, le sonotone à fond, depuis longtemps, depuis des lustres de secondes cristallisées. On vérifiait les piles, les dimanches pluvieux. Mais non, rien. Tout ce silence des crissements quotidiens se répétait inlassablement. Comme le bruit de fond de l'univers, les grésillements des TV en fin de programmes, le vent du désert. Il était là, absent par habitude car nos cerveaux ont cette capacité de négliger, d'effacer, de ne même plus percevoir l'ordinaire.

Alors, évidement, quand c'est parti, comme ça, brusquement, hurlement, nos tympans ont crus éclater. De ça, on n'avait plus l'habitude. On n'a plus entendu, l'espace d'un instant, que nos propres palpitations affolées par le choc thermique. Ce premier bruit, le tambour du dedans, à rempli tout le dehors. Il s'est étendu, tout autour, très loin, de plus en plus loin, comme un écho d'où les autres sons semblaient provenir. On pensait y voir des entrelacs, des réseaux de soi, des toiles impressionnistes. Les drôles de chemins d'hier et de demain, ensemble, simultanément, sur la même onde, la même vague sonore. Comme une illusion de perfection nous échappant déjà, dans un drôle de minutage.

Ça va nous couter cher en orthophonie.

Où es-tu revenue ?

(Et)
paire
due
Notre perdure
au point d'origine, quelque pôle magnétique
menaçant d'effondrement
Revenant, entre nous. Antre donc engouffre nous là dedans sans reprendre ton souffle tu te noies du poumon avant pendant que la poupe sombre doucement. Entre

juste sur la peau, sous mon nez, au dehors, ton souffle. Donc. Reviens d'où je suis partie.
Tu voulais. Bonne idée. On ne sait jamais. Remodeler cette place. Tant le souvenir s'échappe vaste avec. Tant le rouge a coulé, quelque part, entre tes silences et tes croches, ça respire, mal à contre, temps. Tant tes rêves étaient courts dans nos nuits blanches. Tes toutes impaires avec. J'ai confondu. Tu voulais pendant que. Chère
méconnue
chair inconnue
Notre paire est aux cieux des mères schizophrènes. Sauvages.
Et. A l'autre bout. Tu me dira, je suis à bout. Je ne savais pas du pied droit, tu recommences de la main gauche. On ne sait plus faire que ça.
(E)perdues.

Nyctalopie.


Je voulais dormir. Ça c'est certain. Je voulais dormir, dans mes beaux draps en satin, à crédit de 178 mois, de chez Ikéa. Je tournais dans ce lit, dans mon lit, sur cette propriété privée de mon sommeil. En tout cas je l'attendais ferme, le sommeil. J'avais chaud, je crois. J'ai viré le duvet 15 cm, violemment. Comme une déchirure dans l'espace-temps.


Je ne voulais pas dormir. Il le fallait pourtant, le réveil, le travail, la vie qui commence à 6h. Mais je voulais pas. Je savais exactement pourquoi, à ce moment-là. Je ne voulais pas. C'était dangereux cet abandon. Louche. Si je m'endormais maintenant, je finirai mal. Je crois que je serais morte, si je m'étais endormie dans mes draps cotons, en solde chez La Redoute. Comme un linceul pour chemise de nuit.


Août 09

Des moments panique

Hors du blanc, plongée en plein organique
l'instant file, se perd, s'allonge
la minute à 120 battements.
Les petites bulles de neige ne m'apaisent plus
mon corps hurle et crache, tire
je n'arrive plus et je t'ai perdu
l'instant trop long bascule sans crier gare
je panique, déraisonnable. Tout est trop
dur. Silencieux. Dilaté. Frénétique.
Tout est trop à mon œil. Ma pupille explose.
Les jambes molles, le cœur bombarde, m'empêchent
de courir vers toi. Te sauver de
ma panique.


La vie marathon.


Des portes qui claquent. Des tendons déchirés. Des corps usés. Brisés. Des cris. Une vie de fou. Une vie de fou. Des furieux. Des colères. Des larmes comme de la sueur d'épuisement. D'autres plus forts, plus jeunes, plus frais, semblent survoler l'épreuve. Et tout ceux que l'on a déjà dépassé, dans l'euphorie des premiers kilomètres trop faciles. Nous luttons. Je lutte, à bout de nerf, sur la corde raide de la course. La course à quoi, au fait ? Il serait plus simple, plus facile, plus sage. S'arrêter. Le bas côté est là. Rien que le mot. Bas. En miroir du podium. Fait peur. Est un aveu. Une faiblesse sans doute. Le bas-côté, pourtant. M'attends. Je n'arrive pas. Justement. Je n'arrive nul part. Et. J'arrête pas de continuer. J'arrête pas d'essayer d'arrêter. Je cours toujours. Dans les flashs psychédéliques des arbres du bord de route. Soleil, ombre, soleil, ombre, soleil. Fermer les yeux. De la rage du vieil athlète. Une dernière fois. Ne pas s'avouer vaincu, hein. Tout sauf la défection. Du souvenir des victoires et des lignes d'arrivées. Ces putains de lignes d'arrivées qui n'en finissent pas. Jusqu'au bout. Jamais de bouquet final. Sauf peut être une couronne funèbre. Et. Je cours, pourtant. Malgré moi. Arrêtez! Arrêtez-moi ! Arrêtez-vous! Oh, oui, arrêtons-nous un instant. Juste un instant, à l'ombre des arbres du bord de route, voulez-vous ? Des portes qui, des claques, des tendons tendus, des cris. Des larmes de rage, nos impuissances. Des fous et des furieux. Où est la prise, bordel. Le commutateur communautaire. D'accord, d'accord, je viens, je suis, je comme et avec vous, encore un peu. Mais juste après, d'accord, vous me laisserez-là. Au soleil des arbres du bord de route.

Alcôve.


Une chambre. N’importe quelle chambre, les rideaux fermés. N’importe quelle heure, les aiguilles suspendues. Les corps dans l’espace du corps, un petit miracle d’intimité. Il ne se passe rien de visible entre ces corps, dans cette chambre. C’est rempli, pourtant, c’est plein et bouillonnant. Ils ont le temps. Peut-être viennent-ils de faire l’amour. Sans doute vont-ils se rejoindre, l’un à l’autre, dans un frisson, tout à l’heure. Rien ne presse. La lumière donne aux peaux un joli doré orangé avant de rebondir sur les murs. Ils ne se touchent pas, ils ne bougent presque pas. Comme si les mouvements allaient briser la matière entre eux, l’air chargé. La chambre est toute l’intériorité protégée et partagée. Entre eux. Pas de ralenti, pas d’accéléré, pas de gros plan. Le plein pied du nous. N’importe quel nous, le cœur ouvert. N’importe quel temps, les corps suspendus. Les toi, les moi, les toi et moi dans l’espace du nous, un petit miracle d’adéquation. Il se passe tout entre ces nous calmes et extatiques. Le lieu est épais et clair. Fragile.