Virage en droite ligne.
Balancer une balle qui rebondie entre les parois du couloir du point A au point B.
De loin ça fait de jolis dessins, agroglyphes sinueux dans l'herbe qui ne demande qu'à être tracée.
Les courbes d’un transatlantique : c’est chaque fois le même bordel à poser sur une carte plane.
Les retours à la case départ sans toucher que dalle.
Les sublimations en lavage à sec mais repassage vapeur.
Les virages, quoi, les trucs tout droits.
Les mirages, enfin, des paradigmes vertigineux.
C’est l’histoire sans fin d’un début que l’on atteint pas, les piétinements des chevaux au bord du circuit. Les peaux en tremblent d’excitation injustifiée.
Témoin
oubli vite, il n’y a rien à faire de cette obscurité
il n’y a rien là-bas, que des champs de pierres.
Les pierres qui dansent, cela n’existe pas.
ni les fées ni les sorciers, ni cette réalité,
que seul un fou pourrait affirmer.
Ne t’imagines pas que je veuille t’en cacher
ou que, maternante, je choisisse de te préserver
il n’y a rien d’autre, que des champs de pierres.
Les pierres qui volent, cela n’existe pas.
C’est le tapis volant de ton dessin-animé,
le menhir d’une potion magique de BD.
Tais-toi, tu n’as rien pu remarquer
tu n’as rien entendu de singulier
il n’y a rien là-bas, que des champs de pierres.
Les pierres qui chantent, cela n’existe pas.
Même le vent ne croit pas aux sirènes d’été
alors cesse un peu de faire l’enfant entêté.
Si tu crois, c’est que tu t’es trompé
si tu doutes de moi c’est d’en avoir rêvé
il n’y a rien d’autres, que des champs de pierres.
Les pierres qui pleurent, cela n’existe pas.
C’est la pluie qui fait tout dégouliner,
rentre maintenant, tu vas finir par t’enrhumer.
Là-bas, il n’y a rien d’autre que des champs de pierres.
Et les champs de pierres, ça ne vit pas.
Chères escales.
là où l’herbe fraîche exaltait d'obscurs frissons.
Je suis restée dans la carrière aux milles secrets,
en équilibre sur les pierres affleurantes, à compter les libellules.
Je suis restée sur le parquet de la plage déserte
à hurler l’orage toutes portes ouvertes.
Je suis restée dans une chambre d’étudiant enfumée
en d’excessifs collages nocturnes.
Je suis restée près du lac gelé, dans les pâtures libres enneigées
et vierges, dans les éclats de rires injustifiés.
Je suis restée sur une colline d’un soir d’été,
entre les vibrations d’une pluie et celles des ombres broutantes.
Je n’ai plus assez de moi pour rester encore quelque part,
et je navigue encore entre les ports des hommes et les mers des femmes.
Chanson d’amour.
Je suis fille d’amour. C’est bien payé,
et sans danger pour la santé.
J’ai commencé par hasard,
grâce à un simple miroir
de poche.
Je suis fille d’amour de métier,
a Barbès, j’ai tout appris des sorciers.
Il suffit d’offrir de la dépendance,
le plus ancestral objet d’accoutumance :
soi-même.
Je suis fille d’amour et je m’ennuie,
rien à faire, pire qu’une fonctionnaire.
Même les étincelles dans leurs yeux,
ne me regarde pas, je suis juste
deux mains.
Je suis fille d’amour par réflexions,
en moi ni intérêt ni convictions.
Une toute petite distance à franchir,
la marque narcissisme pour accomplir
la contemplation.
Je suis fille d’amour et je n’existe pas.
Mes tours ne sont que de vulgaires appâts.
Les sorts sont placebos,
du sucre avec de
l’Ô.
Je suis fille d’amour, et de haine.
Je ne t’avais jamais dit adieu.
Non communiqué conditionnel.
Comme toujours, comme tout le monde.
C’est l’expérience des mots de trop, un jour, qui laisse les autres dans la gorge
longtemps après.
J’ai pensé qu’il valait mieux pas. Parfois je devrais me passer de penser.
Est-ce que cela aurait changé quelque chose ? Certes non, je ne suis pas dupe.
Mais les mots, eux, sont restés là, coincés, tu, tués.
Lourds cadavres,
bien plus étouffants que ces mots maladroits qui ont fait mal.
Parce que les secrets continus à grandir, alors que les cris s’effacent.
Les mots ne se laissent pas si facilement enterrer, ils cherchent à sortir, à s’expliquer, à dire,
dire c’est pourtant si facile à taire.
De temps en temps même ils sortent, ailleurs, au mauvais moment, à la mauvaise personne –souvent la seconde, comme par hasard.
C’est pour cela que j’aurais dû les laisser sortir alors. Tout simplement.
Et peut-être m’aurais-tu entendu.
Au moins ça m’aurait évité de jongler avec ce temps que je maîtrise mal : le conditionnel.
Absent.
Lacérer tes chairs de mes ongles blancs,
t'étouffer de mes mains sales.
Brûler ton venin.
Déchirer tes yeux, écraser ton visage,
noyer ta bouche, tes muqueuses sèches,
et te donner des coups de pieds, jusqu’à l’épuisement.
En silence,
j’ai pris tes entrailles entre mes ciseaux,
j’ai coupé en tout petits morceaux pour les jeter au vent.
Tu n’as rien retrouvé,
je n’ai rien perdu.
J’ai eu envie de te faire hurler, pour une fois.
Te donner un goût de vie dans la mort.
Te faire exister, enfin, du bout de ta douleur.
C’était bien.
Souris avant de mourir.
Oh ! Comme tu restes distrait, comment tu t’évapores.
Tu cries encore tout bas, sous les planchers de tes impasses.
Tu te trahis quotidiennement, vautré dans ton regret en morceaux.
Insipide mort de constipé chronique,
un si petit morceau de néant immobile.
Pas encore assez gris, l’air encore en vie.
Passage en rétréci de tes rides vides.
Sous tes ciels lourds sans horizons,
tu ne connais même plus le vent.
Un jour je t’inviterai,
bientôt,
t’emporter un instant.
J’ai un masque d’élan, je te le prêterai volontiers.
Quand tu viendras, on ira voir la mer.
Tu n’auras pas envie, alors je te dirai que la mer a toutes les humeurs.
Nous ne dirons rien sur le trajet, tu entendras.
Je prendrai une glace, à la framboise.
Oh ! Comment je t’y noierai, comme le rouge t’ira bien.
Oh ! C’est une chance que l’on se soit rencontré, la mer et nous.