Il n’y aura pas de prisonnier.

L’amour en donjon
profond
sous-terrain
et les murs épais
moites
les pièces noires, humides et froides, terribles plafonds à hauteur de hanches et ouvertures en meurtrières.
La guerre, forcement. Les boulets rouges dans les flancs, les fortifications écrasantes tombent.
Le chaos, la fin, les ruines.
Plus de geôle ni de geôlier ni de geôlière.
Plus de prisonnier.
Il y aura des morts encore, des affrontements et des blessés, conflits armés.
Mais plus de fantômes, ni plus de retenus, ni plus de contrôle. La fin des lourdeurs administratives et scolaires.
L’amour en champs libérés, l’amour en terre d’accueil pour sans papiers.

Montée de sève.

C’est un appétit féroce. Je le sens courir sous ma peau, en frissons infernaux. C’est un tremblement, c’est un séisme d’ovaires, un instinct bousculant les anorexies planifiées. C’est le cerveau primitif devenu maître, la bête de l’homme, l’appel du mâle et du sexe et du plaisir, la faim d’orgasmes crochée au corps plus sûrement que les envies de reproduction. Car cela va au delà des impératifs de l’espèce, cela nous touche intimement, dans chaque noyau de cellules. Le diable peut-être. La folie vivante. Les chaleurs incoercibles, les bouleversantes érections, les programmes hormonaux qu’on voudrait distincts de nous tant ils échappent à notre contrôle. Ça nous échappe, oui. Pauvres innocents assoiffés de vie. Et c’est bon, voilà, c’est bon. Rien, plus rien ne dégoutte. Rien, plus rien ne compte pourvu que l’on se soulage le désir. Satisfaction des tensions libidinales en aller simple vers l’apaisement.

J’aurais voulu en être guérie à jamais, dans ma grande fatigue d’après course. Mais ça revient, malgré moi, malgré l’oubli. Ou peut-être à cause de lui, à cause des luis aux voix fortes. Tout ce que je voulais c’était m’en débarrasser, mourir un peu, pour de faux mais faire comme si. Je suis entière de la libido. Involontairement. Croyez-le bien. J’attends un sursis, j’attends l’aube, j’attends d’être rassasiée enfin, j’attends l’hiver prochain.

Infernal cycle vital

Puisque

Il y avait la bêtise et la rage, les abyssales déchirures et la douleur plus aiguë encore

La pluie acide des larmes dans les lapidations vengeresses

Les horribles hypocrisies en para-tonnerre

Les desserts bien trop chocolatés,

Pour être sincères.

Les furieux frissons de l’intérieur

glacé

Et ça revient en vagues, en échos aléatoires, plus destructeurs encore. Les barrages rompent alors dans l’euphorie libératoire. La terrible, la tragique liberté des tornades.

Cependant il y a l’oeil. Les yeux de cyclones, répits cyclopéens. La découverte soudaine des espaces, déserts imitant le paisible, comme une virginité d’entrailles à engloutir encore; cher Prométhée tu nous as offert le feu et nous t’en remercions, pauvres imbéciles.

Bien sûr, un jour, il n’en restera que des cendres. Ce grand apaisement des vivants. Le grand immobile. Un jour. Sûrement.

Pourtant

déjà

les premières oraisons printanières sur le sol fertilisé par la pourriture. Ainsi viendront éclore

les prochains fantômes, plus beaux encore. Eclatants. A éclater.

Remue-nocturne.

Trois jours
trois nuits
que la maison dort mal. De tous ses étages
fenêtres et portes closes dans sur l’obscur
cauchemar de chacun ; palpable fait divers cauchemars.
Personnelles et remarquablement communes insomnies ; ça remue dans les draps,
dans les corps, dans les rainures du parquet. Grincement.
Et tout cela se secoue étonné du jour venu dans l’agitation fébrile et grise. Le toit coule
sous les cernes, les douches râlent le petit matin, les cafés débordent, impuissants.
Trois nuits qu’on découvre la lune, le soleil, le ciel enfin. Oui, le ciel,
la terre et l’univers, l’air, les météores perturbateurs.
Dans chaque chambre chacun chacune ça
erre, ça crispe, ça hante et ça plisse les fronts.
Pour chaque chambre chacun et chacune
ça tarde à se ranger d’où ça vient.
Tout simplement.
Comme c’est venu.
A cause de la lune, du soleil, du ciel, de l’air, de l’eau.

Gestibulle à savonattes.

Nous avions rendez-vous
Tête-en-l’air
Au bar-bar, en face de la gare
Pied-à-terre
Nous nous sommes manqués
Main-au-feu
J’avais pourtant pris les devants
Bouche-cousue
En déculottant les bouchons
Oreilles-perçées
Le patron avait applaudit
Cul-de-jatte
Mon air dépité en fin de compte
Dos-large
Paya l’addition sans sourciller
Œil-de-verre
En échange d’un rock
Coude-à-coude.

Une vitre.



Frontière
invisible palpable, froideur du minéral fondu et
diffractant
Et la peau, la peau sur le verre
l’empreinte posée sur le lien au
dehors
la trace de la pulpe
des doigts
La main passe, ou est-ce
l’œil ? La paume signale les lignes de vie en impression
fortuite
L’appel au
derrière, de l’autre côté de l’axe d’
asymétrie
L’œil qui est main qui s’est aussi posée sur la vitre qui parle
fort et humblement.





D'après l'oeuvre de Jean Rustin
et sur une idée original de Milady Renoir.

http://www.rustin.be/
http://atelier-milady.skynetblogs.be/

Et pâques sonnera trois fois les cloches creuses.

Roucoulement sonore, impudique,
pervers du
lapin en chocolat dont on bouffe le cul
le ventre la
tête
et les œufs, les œufs creux comme les
orbites asexuées
des spectres d'égouts aux os usés
l’odeur, l’odeur remonte, donne la
nausée
dès le matin au 37°2 anal
avant après la douche
ouverte comme la mort
laissée en traces dégoulinantes pour pas
disparaître – peur, terreur, des suées frigides -
hurlantes, bavantes, remuantes
alors c’est beau dans l’esthétique instinctive des réveils
hagards
froids sans fond amers acides métalliques
hallucinant un tropique cancéreux
gangreneux
des plaies béantes saignantes purulentes
et sages
que la chaux vive viendra pointer pour le héros
aux fillettes sans
condition.

Pont à veine.

C’est un pont couvert de mousse sur le bois, car c’est un pont couvert en bois avec de la mousse. Le chemin est en cailloux blancs, des gros pavés un peu passé de gris si tu prenais une photo, mais tu lis donc il peut être blanc ou rose ou violet. Là il est blanc à cause des petits cailloux partout. Tu me suis ? Il traverse la Sarine. La Sarine est la rivière qui matérialise le rideau de rösti, la röstigraben incarnée au cœur de la vieille cité de Fribourg. Je te conseille d’y aller un jour, si possible celui du carnaval. D’abord parce que la ville est jolie, l’évènement carnaval, prétexte à une joyeuse journée, reste bien lisible – pour qui ouvre les yeux et les oreilles-, et puis il y a ce pont tout en bas. Après ou avant le pont, selon de quel côté tu viens, il y a un chemin qui part de la route principale. C’est un cul de sac, véridique, tu peux aller voir ça aussi. Du début du chemin tu verras bien les autres ponts de la ville. Ceux entre les plus hautes berges de la ville, en pierre de tour pour le plus proche, et en squelette de fer pour le moderne. Si tu suis le chemin, tu y rencontreras des gens singuliers, vas-y voir, ça en vaut la peine. Le chemin est entre deux falaises, c’est le fond d’un ravin, vert et humide comme dans la forêt tropicale. On n’y voit pas beaucoup plus le soleil, mais c’est bien plus frais l’été.

Voilà où se situe le héros de cette histoire. Mon héros enjambe une frontière linguistique, il a un pied francophone et l’autre germanique. Mon héros est couvert, il protège comme tout bon héros du genre des contes et histoires. Comme il est de bois, y a de la mousse, je l’ai déjà dis. Et puis des oiseaux qui vivent-là, des pigeons pour la plupart. Comme nous qui y passons. Quand tu le rencontreras ce héros-là, assis-toi sur ses bancs et lis l’histoire de la Sarine, du carnaval et du gentilhomme qui vit juste en face. Tu aimeras cette histoire et tu souriras peut-être en pensant à ma manie de mettre des héros partout.